Small small world…

Le monde du business est cruel, c’est bien connu. Des jeunes loups aux dents rayant le parquet aux top managers sortis de la cuisse de Jupiter, nos fréquentations quotidiennes sont parfois risquées. Voire hasardeuses. Et c’est bien dommage pour ceux qui ne visent que le pouvoir dans la relation interpersonnelle. Parce que dans la vie, on finit toujours par se recroiser… Small, small world…

Flash back. 1991. HEC Liège.

Travail de synthèse clôturant le cycle de candis (les 2ères BAC pour parler dans le langage actuel). Première exercice de style d’une analyse théorico-pratique qui doit se terminer par la rédaction et la défense orale d’un travail de groupe. Je m’associe avec ma meilleure amie de l’époque qui a fini sa 1ère BAC avec une distinction alors que j’ai échappé au pire, terminant dernière satis’ de la seconde sess’. Le papa de la dite amie, Willy de son petit nom, est un sympathique gérant d’une petite agence bancaire en banlieue liégeoise. Son épouse gère un petit bureau d’assurances. Ils sont membres du Lions Club. Willy voit cette association d’un très mauvais oeil. Non seulement je n’ai pas de cotation honorable qui puisse être de bon augure pour mener à bien ce projet mais je suis surtout une fille issue d’un milieu modeste. Et Willy est convaincu que sa fille chérie aurait pu s’associer à 2 jeunes hommes de (très) bonnes familles de notre promo, noble pour l’un et bourgeoise pour l’autre. Les deux ont tous les 2 terminé leur 1ère BAC avec distinction. Mais non, pauvre de Willy, on s’est associées. On a finalement décroché une distinction pour cette étude de l’impact de la segmentation sur le marketing opérationnel dans l’agence bancaire. Mais Willy n’a pu s’empêcher de tancer sa descendance devant moi : “tu apprendras, ma fille, que, dans la vie, ce sont les relations professionnelles qui priment. L’amitié n’a aucune importance. Tu viens de prendre un risque trop important”. Cette phrase résonne encore en moi 22 ans après que Willy l’ait prononcée. Et il y a peu (juste après mon titre de DRH de l’année…) de qui vois-je arriver une demande de connexion sur LinkedIn? Willy. Je serai son 2ème contact. Avec sa fille. Et je souris.

Flash back. 2005.

Je rejoins une société belge, cotée, à dimension internationale. En tant que VP HR, j’interagis au quotidien – ou presque – avec les différents patrons des business units. Les liens se tissent avec plus ou moins de bonheur et certains ne se tisseront jamais parce que nos valeurs humaines ne peuvent pas se rassembler sur un terrain commun. La collaboration est possible, certes mais avec le minimum minimorum d’interactions. Je dois essuyer bassesses et autres manipulations, hypocrisie et sabotage.

7 ans plus tard, le même manager, JM de son petit nom, reprend contact via LinkedIn. La fleur au fusil. Sa carrière a pris du plomb dans l’aile. Aurai-je connaissance d’une mission de consultance qui puisse lui être confiée?

Réponse honnête mais négative. Et quand bien même, pour quelle raison voudrai-je recommander à mon réseau une personnalité qui incarne des valeurs que je ne défends pas? Par amitié? Quelle amitié? En souvenir du bon vieux temps? Quel bon vieux temps? Mais je ne peux pas m’empêcher de donner un coup de main et de le diriger vers des managers de boîte d’interim management. Parce que ce manager, une fois qu’il aura rebondi, se souviendra peut-être que dans la vie, il est crucial de tendre des mains. Sans rien attendre en retour.

Quelle leçon à tirer?

Une carrière, c’est comme l’amitié, ça se cultive en plantant de bons grains, pas de l’ivraie. Sème le vent, tu récolteras la tempête.
Traiter correctement les personnes que l’on a la chance de croiser sur son chemin est le B_A_BA de la vie sociale. On ne sait jamais de quoi demain sera fait. Et il y a de forte chance que l’on se recroise. Si ces relations sont tissées de sincérité, d’honnêteté, de franchise, d’entraide, elles n’en seront que plus durables. Elles n’auront pas le goût amer de la manipulation. Elles ne s’évanouiront pas le jour où le contrat de travail se rompt.al
Soyons nous-mêmes. Soyons francs. Soyons respectueux (même si c’est pour dire à notre interlocuteur que la relation de travail est franchement difficile).

Osons l’amitié. Osons le partage. Osons le traitement égitaire dans la relation professionnel même si un lien hiérarchique existe. Osons le “Don’t manage. Love”.

Oui, Willy et JM, je suis convaincue que vous av(i)ez tort dans votre façon de voir la vie. Et ça me fait un bien fou de l’écrire.

Small small world… Que tout cela ne vous empêche surtout pas, Willy et JM, de rayonner de bonheur!

2 thoughts on “Small small world…

  1. Excellent post, Madame Philomene. J’approuve totalement. Une autre manière de relativiser “le boulot” est de ne pas oublier que tout cela n’est finalement qu’un monopoly… Amusant, parfois frustrant, permettant de gagner plus ou moins d’argent… mais un jeu quand même.

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